Nouvelle audience mercredi pour Meta. Une coalition de procureurs généraux attaque le géant des réseaux sociaux. En cause : l’addiction présumée des mineurs à Instagram et Facebook. La sélection des jurés s’ouvre à Oakland, avant six semaines de débats.
Un procès sous haute tension à Oakland : les États-Unis contre Meta
Les procureurs généraux de Californie, du Colorado, du Kentucky et du New Jersey portent l’affaire. Ils représentent une coalition d’États qui ont lancé des poursuites dès 2023. Leur cible : les fonctionnalités conçues pour retenir les mineurs, du défilement infini aux notifications nocturnes.
Ce mercredi, la juge Yvonne Gonzalez Rogers supervise la sélection des jurés. Les débats ne commenceront que le 18 août. Mark Zuckerberg figure parmi les témoins attendus. Une première pour un patron de la Silicon Valley dans un procès de cette ampleur.
Des accusations qui rappellent l’industrie du tabac
« Cela ressemble vraiment à l’industrie du tabac des années 1990 », analyse Vincent Joralemon, juriste à l’université de Berkeley. Les poursuites contre les cigarettiers ont fini par faire payer des montants records. Elles ont aussi restreint leur publicité vers les mineurs.
Aujourd’hui, ce sont les pratiques commerciales des réseaux sociaux qui sont dans le viseur. Les plaignants dénoncent une atteinte à la vie privée des adolescents, exposés à du contenu inapproprié et à des mécanismes de rétention. La comparaison avec le tabac sert de fil rouge aux débats.
Meta face à ses démons : les précédents de 2026
Le groupe de Menlo Park a déjà été condamné deux fois cette année. En mars, 6 millions de dollars versés à une adolescente de Los Angeles, solidairement avec YouTube. En août, près d’un milliard de dollars en amendes et réparations au Nouveau-Mexique.
Ces jugements ont fissuré le bouclier juridique de Meta. La cour d’appel fédérale de San Francisco a écarté lundi un recours invoquant l’immunité des plateformes. La conception des applications est attaquée, pas les contenus publiés par les utilisateurs.
Ce que révèlent les « Facebook Files »
L’automne 2021 a marqué un tournant. La lanceuse d’alerte Frances Haugen a publié des documents internes. Ils montrent que Meta connaissait les dégâts d’Instagram chez les adolescentes. L’écart entre ce que savait le groupe et ce qu’il disait publiquement est au cœur de l’accusation.
Voici les principales mesures réclamées par les procureurs :
- 🔞 Interdiction du défilement infini pour les comptes des moins de 18 ans.
- 🔕 Suppression des notifications nocturnes pendant les heures de sommeil.
- 👍 Limitation des « likes » et des compteurs de popularité pour les mineurs.
- 🛡️ Mise en place d’outils de vérification de l’âge plus stricts.
- 📊 Financement d’études indépendantes sur l’impact des algorithmes.
La défense de Meta : contester l’addiction et la causalité
Meta « conteste fermement ces accusations », assure son porte-parole. Le groupe invoque son « engagement de longue date en faveur des jeunes ». Il promet de prouver que la santé mentale des adolescents ne dépend pas d’une seule application.
La défense avance un argument fort : l’usage problématique des réseaux sociaux ne serait pas une addiction médicalement reconnue. Cette ligne sera difficile à tenir face aux témoignages d’anciens employés et aux données internes.
Une responsabilité élargie à tout le secteur
Meta n’est pas seul dans la tourmente. YouTube, Snap et TikTok sont visés par des milliers de plaintes de familles et de collectivités éducatives. En mai, les quatre sociétés ont préféré payer 27 millions de dollars pour éviter un procès-test dans le Kentucky.
Ce contentieux de masse pourrait « durer des décennies », prévient Vincent Joralemon. Les précédents condamnations de Meta en 2026 montrent déjà une inflexion : les juges ne considèrent plus les plateformes comme de simples intermédiaires neutres. La responsabilité des plateformes s’impose comme un nouveau champ juridique.
Protection des mineurs : quel cap après le jugement ?
La décision d’Oakland pourrait redéfinir la régulation des réseaux sociaux aux États-Unis. Si la juge donne raison aux plaignants, Meta devra modifier en profondeur ses produits. Les pénalités réclamées atteignent 1 400 milliards de dollars, soit presque la capitalisation boursière du groupe.
Un tel montant a peu de chances d’être retenu. La magistrate a jugé cette estimation « déraisonnable ». Mais l’essentiel est ailleurs : l’obligation de repenser l’architecture des applications pour protéger les mineurs. Une victoire symbolique pour les familles, qui attendent des actes concrets depuis des années.

Emma a débuté dans la presse régionale avant de basculer vers le digital. Dix ans à couvrir le SEO, le marketing et l’e-commerce lui ont donné un sens aigu du concret. Elle déteste le jargon vide et préfère les chiffres aux superlatifs.
3 commentaires
Défilement infini et notifications nocturnes : la recette du tabac 2.0. Enfin la justice s’y attaque.
La comparaison avec le tabac est juste. Il faut protéger les jeunes pousses, pas les exploiter.
Des interfaces pensées comme des pièges plutôt que des espaces de vie. Et si on concevait le numérique avec la même éthique que nos intérieurs ?